Les lames en damas

Le "Damas" est un savoir faire aussi vieux que les premiers forgerons de l'Age du Fer !... Utilisée par les gaulois, diffusée par les peuplades germaniques, cette technique date de plus de 3000 ans.

La masse métallique issue du bas fourneaux était battue et rebattue à coups de marteau, afin de chasser les scories, les particules de charbon et toutes les impuretés. Ensuite, on passait à la phase de soudure : le métal chauffé à blanc était martelé, étiré, puis plié et soudé sur lui même. Cette opération était répétée jusqu'à ce que la consistance du métal soit jugée suffisamment homogène.

 

Autre exemple de lame obtenue à partir de minerai réduit en bas-fourneau

Un autre technique consistait à enrouler le métal en torsade et à l'étirer ensuite.

 

Lopin de damas, forgé "au carré" en fin de travail de soudure

 

Torsade d'un lopin de damas

 

Il y a vingt siècles, les Hommes de Guerre se fichaient sans doute pas mal des moirures ou du dessin des lames de leurs épées. Mais il savaient qu'une lame finement travaillée était réputée : plus le fibrage serait fin, plus grande serait sa solidité et la qualité de son tranchant.

 

Aussi, pour "révéler" leur travail et faire apparaître la structure interne des lames, les forgerons d'avant notre ère utilisaient un mélange de bière et d'urine (!). Cette solution acide attaquait différemment les zones plus ou moins carburées des lames : le fibrage de l'acier se découvrait alors, de la même manière que les veines du bois.

 

Il semblerait que cette technique se soit perdue en Europe Occidentale, au milieu du 1er millénaire. Jusqu'à ce que les premiers Croisés en Terre Sainte la redécouvre... à leur dépends ! Les forgerons du Moyen-Orient avaient conservé ce savoir faire qui donnait aux épées un tranchant et une solidité incomparable. L'origine du mot "Damas" prend donc sa source en Syrie !...

 

Double torsade de damas

 

L'acier de bas fourneau a toujours été long et difficile à obtenir. De plus, les résultats sont parfois aléatoires : pas assez carburé, le métal obtenu est constitué de fer ou d'acier trop doux (<0,40% de carbone) ; au contraire, trop carburé on obtient une masse de fonte dure et cassante, impropre au travail de forge.  J'en veux pour preuve les nombreuses "loupes" de métal abandonnées depuis des siècles aux abords des forges, que les ferriers de l'époque estimaient impropres à l'usage... Aujourd'hui encore, même si l'on est capable de reproduire le procédé de réduction en bas fourneau, personne n'est à même d'en garantir le résultat.

 

Aussi, pendant des siècles, afin d'économiser une matière première précieuse et de s'éviter une peine trop grande, les forgerons avaient pris l'habitude de mettre de côté tous les bouts de ferrailles dont ils n'avaient pas l'usage. Ils les reforgeaient pour obtenir de nouvelles lames ou de nouveaux outils. Cet usage a perduré jusqu'au milieu du XXème siècle...

 

Soudure d'un lopin d'acier feuilleté au marteau pilon

 

Aujourd'hui, si le "damas" est obtenu en associant des aciers de teneur en carbone différentes, pour l'essentiel, le travail reste le même. Les forgerons utilisent principalement deux méthodes d'assemblage :

. le feuilleté : le lopin d'acier et de fer chauffé à blanc est martelé vivement. La barre est ensuite étirée puis repliée. A nouveau étirée, puis repliée... Le processus est poursuivi jusqu'à ce que le nombre de pliages soit jugé satisfaisant.

. la torsade : après avoir subi un nombre restreint de pliures, le lopin est porté au carré puis torsadé et enfin étiré.

 

Depuis quelques années, d'autres techniques d'assemblage (mosaïque, "puzzle", "explosion"...) ou de révélation (bain chimique et électrolyse) font évoluer le damas vers toujours plus de finesse et de beauté...

 

Il me semble important de rappeler ici l'existence d'un autre "damas" qui ne doit rien aux techniques traditionnelles de forge, parce résultant d'une toute autre technologie : celle de la métallurgie des poudres. Il est hors de propos de détailler ici ce procédé de fabrication. Chacun pourra trouver des renseignements sur le Net en utilisant les mots clés suivants : damas inox, métallurgie des poudres... Ce métal est vendu au centimètre, dans des motifs divers (œil d'Odin, échelle  de Mahomet, etc...) et fait le bonheur d'un certain nombre de couteliers.

 

Enfin, je ne peux m'empêcher d'évoquer ici, l'exemple même d'un commerce non-équitable : le damas artisanal forgé en Inde ou au Pakistan par des ouvriers sous-payés, travaillant dans des conditions effroyables et dans des ateliers parfois sordides. Ce métal est acheté pour une poignée de figues par des commerçants peu scrupuleux, qui les revendent  sous forme de barreaux, de lames brutes ou semi-finies à des couteliers occidentaux (chacun réalisant au passage un bénéfice trés confortable, sur le dos du producteur et du futur client...).

 

A chacun de juger... 

 

 

Trousses préparées pour la forge : alternance d'acier au carbone, de fer et d'acier au chrome

 

Le Damas, quel intérêt aujourd'hui ?... Pour le forgeron qui réalise son propre "damas", c'est un pas de plus dans la Maîtrise de son art. Parvenir à souder deux barres de métal ne constitue pas un exploit, mais une modeste initiation. S'évertuer à manipuler une masse chauffée à 1200°, maîtriser peu à peu les gestes, puis parvenir à Dominer progressivement la Matière afin d'imprimer sa propre marque  (c'est-à-dire, lui faire prendre forme et dessin) constitue une deuxième étape. Mais ce n'est qu'un simple "pas" de plus. A chaque instant, l'humilité ne doit pas quitter l'esprit de celui qui ouvrage, car rien n'est jamais acquis.

 

Pour le créateur, le damas est donc un long chemin initiatique. Le meilleur reste toujours à venir.

 

Une lame damas offre une variété infinie de dessins : aucune lame ne sera semblable à la précédente. Mais outre cette diversité esthétique, une lame associant des aciers différents offre un pouvoir de coupe bien supérieur à celles composées d'acier homogène, parce qu'elle "profite" justement de cette association de métaux de qualités et de dureté différente.

 

Je ne suis pas bien sûr que les dernières découvertes technologiques viennent contredire mon propos. La coutellerie ne constitue que le "parent pauvre" de la métallurgie industrielle : les forgerons couteliers ont toujours du adapter leur travail aux aciers existants. Jamais l'inverse !...

 

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L'entretien d'un couteau

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Un site complémentaire : www.couteau-corse.com

Les anciens forgerons, les usages et les savoirs populaires de la Corse du temps jadis...

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